Le 26 août 2022, un court discours du président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, a suffi à faire reculer le S&P 500 de plus de 3 % dans la séance. Une banque centrale ne fixe pourtant ni les bénéfices des entreprises, ni le prix des actions. Si les taux d’intérêt comptent autant, c’est parce qu’ils agissent sur la bourse par trois canaux à la fois.
1.Premier effet : les obligations redeviennent attractives
Une action n’a rien de garanti : son peut baisser et son cours chuter. Pour accepter ce risque, l’investisseur attend un rendement supérieur à celui d’un placement sûr comme un emprunt d’État.
Quand ce placement sûr ne rapporte presque rien, les actions ont peu de concurrence. Entre 2019 et 2021, par exemple, l’État allemand empruntait à 10 ans à des taux négatifs. Si le même emprunt rapporte 4 ou 5 %, une partie des capitaux se contente de ce rendement sans grand risque, et les actions doivent devenir moins chères pour rester attractives.
2.Deuxième effet : les bénéfices futurs valent moins
Acheter une action, c’est acheter une part des bénéfices que l’entreprise réalisera pendant des années. Or 100 € perçus dans dix ans valent moins que 100 € aujourd’hui, car l’argent disponible tout de suite peut être placé et rapporter des intérêts. Pour comparer, on « actualise » les montants futurs avec un taux d’intérêt :
Valeur aujourd’hui = Montant futur ÷ (1 + taux)ⁿ
où n est le nombre d’années à attendre. Plus le taux est élevé, plus la valeur d’aujourd’hui baisse, et l’effet est d’autant plus fort que le montant est lointain :
| Valeur aujourd’hui de 100 € | Avec un taux de 2 % | Avec un taux de 5 % | Écart |
|---|---|---|---|
| Perçus dans 10 ans | 82,03 € | 61,39 € | −25 % |
| Perçus dans 30 ans | 55,21 € | 23,14 € | −58 % |
C’est pourquoi les entreprises dites « de croissance », dont l’essentiel des bénéfices est attendu loin dans le futur, sont souvent les plus sensibles à une hausse des taux. À l’inverse, une entreprise mûre qui distribue dès aujourd’hui l’essentiel de ses bénéfices y est moins exposée.
3.Troisième effet : la dette coûte plus cher
Les entreprises empruntent pour investir, et les ménages pour acheter un logement ou une voiture. Quand les taux montent, les intérêts à payer augmentent : les bénéfices des entreprises endettées se réduisent, et la consommation ralentit. Des taux bas allègent au contraire ces charges et soutiennent l’activité. Les secteurs très endettés ou très dépendants du crédit, comme l’immobilier, y sont particulièrement sensibles.
4.2022, un cas d’école… qui ne fait pas une règle
En 2022, face à une inflation au plus haut depuis quarante ans aux États-Unis, la Réserve fédérale a fait passer son de près de 0 % à plus de 4 % en neuf mois. La BCE a relevé ses taux en juillet, pour la première fois depuis 2011. Sur l’année, le S&P 500 a perdu environ 19 % et le Nasdaq, riche en valeurs de croissance, environ 33 %. Les obligations ont elles aussi baissé : quand les taux montent, le prix des obligations déjà émises recule.
Le lien n’a pourtant rien de mécanique. Les marchés réagissent surtout à l’écart entre ce qui est annoncé et ce qui était attendu : une hausse de taux prévue de longue date peut ne rien changer le jour de l’annonce. Et une baisse des taux ne fait pas toujours monter la bourse. En 2001 comme en 2008, la Réserve fédérale a fortement baissé ses taux pendant que les actions chutaient, parce que ces baisses répondaient à une économie qui se dégradait.
Quiz · 3 questions
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Question 1 sur 3
Pourquoi une hausse des taux pèse-t-elle souvent davantage sur les valeurs de croissance ?
Question 2 sur 3
Avec un taux de 5 %, que valent aujourd’hui 100 € perçus dans 10 ans ?
Question 3 sur 3
Une baisse des taux fait-elle toujours monter la bourse ?