Programme du parcours 0/10
Le 24 mars 2000, l’indice américain S&P 500 termine à 1 527 points, un record. Les valeurs internet s’envolent, les journaux parlent d’une « nouvelle économie » qui aurait aboli les cycles. Beaucoup d’épargnants entrent en bourse ce printemps-là. Cette étude suit ce qui leur est arrivé, séance après séance, sur les vrais cours.
1.Le scénario : 1 000 $ placés au sommet
Imaginons 1 000 $ investis le 24 mars 2000 dans un fonds qui réplique le S&P 500, réinvestis (l’ETF SPY, le plus ancien des ETF américains). Voici ce que valait la mise aux moments clés.
| Date | Ce qui se passe | S&P 500 | Les 1 000 $ |
|---|---|---|---|
| 24 mars 2000 | Record de la bulle internet | 1 527 | 1 000 $ |
| 9 octobre 2002 | Creux après l’éclatement de la bulle | 777 | 525 $ |
| 9 octobre 2007 | Nouveau record | 1 565 | 1 149 $ |
| 9 mars 2009 | Creux de la crise financière | 677 | 515 $ |
| 24 mars 2010 | Dix ans après l’achat | 1 168 | 908 $ |
| 31 décembre 2012 | Douze ans et neuf mois après | 1 426 | 1 172 $ |
| 31 décembre 2025 | Vingt-cinq ans après | 6 846 | 7 031 $ |
Deux fois, la mise a été coupée en deux. Dix ans après l’achat, elle valait encore moins que le montant de départ. C’est ce que les Américains ont appelé la « décennie perdue ».
2.Pourquoi il faut 100 % pour effacer 50 %
Une baisse de 49 % entre mars 2000 et octobre 2002 n’est pas compensée par une hausse de 49 %. Il faut presque doubler pour revenir au point de départ, car la hausse s’applique à une somme déjà réduite.
Il vous reste
5 000 €
Gain pour revenir
+100 %
Temps de remontée
10,2 ans
La hausse s’applique à ce qui reste, pas à la somme de départ : après −50 %, il faut +100 % pour retrouver 10 000 €.
Rendement supposé constant chaque année, sans frais ni impôts. Dans la réalité, la remontée n’est ni régulière ni garantie.
3.Ce que changent les dividendes
L’indice S&P 500 que l’on voit dans les journaux ne compte que les prix. Les entreprises versent pourtant chaque année des dividendes, que le fonds réinvestit.
| Au 24 mars 2010 | Les 1 000 $ du départ |
|---|---|
| Prix seuls, sans les dividendes | 761 $ |
| Dividendes réinvestis | 908 $ |
Sur dix ans, les dividendes ont rendu près de 150 $ sur une mise de 1 000 $. Ils ont aussi raccourci l’attente : la mise est revenue au-dessus de 1 000 $ dès janvier 2011 avec les dividendes, mais seulement en mars 2013 sans eux.
4.Le même krach, pour quelqu’un qui investit chaque mois
Prenons maintenant un autre épargnant. Il ne met pas 12 000 $ d’un coup au sommet : il verse 100 $ chaque mois de mars 2000 à février 2010, soit 120 versements.
| Fin février 2010 | Versé | Valeur |
|---|---|---|
| 12 000 $ placés d’un coup en mars 2000 | 12 000 $ | environ 10 280 $ |
| 100 $ par mois pendant dix ans | 12 000 $ | 12 704 $ |
Le second termine en gain alors que le marché n’a pas retrouvé son niveau. La raison est mécanique : ses 100 $ achetaient beaucoup plus de parts en 2002 et en 2009, quand les prix étaient bas. Il n’a eu besoin d’aucun talent pour cela, seulement de continuer à verser pendant les mauvaises années.
5.Et en France ?
Le CAC 40 a vécu la même histoire, en plus dur. Record le 4 septembre 2000 à 6 922 points, creux le 12 mars 2003 à 2 403 points, soit une baisse de 65 %. Il n’a refermé au-dessus de son record de 2000 que le 2 novembre 2021, plus de vingt et un ans après.
6.Ce que ce cas enseigne
- Le prix d’entrée compte sur dix ans, beaucoup moins sur vingt-cinq. Les 1 000 $ placés au pire moment valaient plus de 7 000 $ fin 2025.
- Les dividendes ne sont pas un détail. Sur une longue période, ils font une grande partie du rendement des actions.
- Investir régulièrement protège du mauvais timing. On n’achète jamais tout au sommet.
- On ne connaît le sommet qu’après coup. En mars 2000, personne ne savait que la bourse américaine mettrait plus de dix ans à rapporter quelque chose.
Pour vivre une chute de l’intérieur, le jeu du Laboratoire Le krach de 2020, séance par séance vous fait traverser le krach du Covid avec les dépêches du moment.