Aller au contenu
Comprendre la bourse

Le flash crash du 6 mai 2010 : quand un ordre stop vend à un centime

Objectif : Comprendre comment la liquidité peut disparaître en quelques minutes, et pourquoi le type d’ordre décide alors du prix obtenu.

  • Intermédiaire
  • 8 min
  • 4 questions
  • Étude de cas, leçon 9 sur 10
Programme du parcours 0/10

Le 6 mai 2010, les marchés américains sont déjà nerveux : la Grèce est au bord du défaut et l’euro chute. Vers 14 h 30, heure de New York, le Dow Jones perd déjà plus de 2 % sur la journée. Rien d’exceptionnel. Vingt minutes plus tard, il aura vécu la chute la plus rapide de son histoire.

1.La chronologie

Heure (New York)Ce qui se passe
14 h 32Un grand gestionnaire lance la vente de 75 000 contrats à terme sur le S&P 500, environ 4,1 milliards de dollars, confiée à un algorithme qui ne regarde ni le prix ni le temps
14 h 41 – 14 h 45Les acheteurs se retirent. Le Dow Jones perd plusieurs centaines de points en cinq minutes
14 h 47Au plus bas, le Dow Jones a perdu près de 1 000 points, environ 9 % sur la journée
14 h 45 – 15 h 00Une pause automatique de cinq secondes sur le contrat à terme laisse revenir les acheteurs ; les cours remontent presque aussi vite
ClôtureLe Dow Jones termine en baisse de 3,2 % : l’essentiel de la chute a été effacé

2.Des prix absurdes

Pendant quelques minutes, des actions de très grandes entreprises se sont échangées à des prix sans aucun rapport avec leur valeur.

  • Accenture, qui valait environ 40 $, s’est échangée à 0,01 $.
  • Procter & Gamble, l’une des entreprises les plus solides du pays, a touché 39,37 $, contre plus de 60 $ quelques minutes plus tôt, avant de remonter au-dessus de 60 $ en une minute environ.
  • À l’inverse, quelques actions se sont échangées à 100 000 $.

Ces prix venaient d’ordres « bouche-trou » : des teneurs de marché laissaient dans le carnet des offres à 0,01 $ ou à 100 000 $, sûrs que personne ne les toucherait. Quand tous les vrais acheteurs ont disparu, les ordres au marché sont allés les chercher.

3.Ce qui est arrivé aux ordres stop

Beaucoup de particuliers avaient placé des ordres stop pour se protéger : « si l’action passe sous 50 $, vends ». Le 6 mai, le stop s’est déclenché comme prévu. Mais un ordre stop devient un ordre au marché : il vend au premier prix disponible. Dans un carnet vide, ce prix pouvait être 30 $, 10 $, ou un centime.

Ceux qui avaient un ordre stop à cours limité (« passe sous 50 $, vends, mais pas en dessous de 48 $ ») n’ont pas été exécutés pendant la chute. Ils ont gardé leurs actions, qui avaient retrouvé leur prix vingt minutes plus tard.

Exercice interactifPasser un ordre dans le carnet
500

Touchez un prix du carnet pour passer en ordre à cours limité à ce prix.

AcheteursPrixVendeurs
  • 2 000
  • 1 500
  • 900
  • 300 / 400
  • 200 / 200
  • écart (spread) : 0,04 $
  • 300
  • 500
  • 1 200
  • 1 500
  • 2 000

Actions servies

500 sur 500

Prix moyen payé

100,04 $

Écart au meilleur prix, par action

0,02 $

Servi en entier, en traversant 2 paliers du carnet. Le glissement vous coûte 9,00 $ par rapport au meilleur prix affiché.

La partie foncée d’une barre, c’est ce que votre ordre a pris à ce prix. Un carnet réel bouge sans cesse : de nouveaux ordres arrivent et d’autres sont annulés pendant que le vôtre s’exécute. Ici, il est figé pour voir ce qui se passe.

4.Les transactions annulées

Après la séance, les bourses ont annulé plus de 20 000 transactions, portant sur plus de 300 titres, exécutées à plus de 60 % de leur prix de 14 h 40. Mais celles exécutées un peu moins loin sont restées valables : un investisseur dont le stop avait vendu à −40 % n’a rien récupéré.

5.Ce qui a changé ensuite

Les autorités ont imposé des coupe-circuits par action : quand un cours bouge trop en quelques minutes, la cotation est suspendue. Les ordres bouche-trou à des prix extrêmes ont été interdits. Le marché reste rapide, mais une chute comme celle du 6 mai serait aujourd’hui interrompue beaucoup plus tôt.

6.Ce que ce cas enseigne

  • Le prix affiché n’est pas un prix garanti. Il dépend des ordres présents à l’instant où le vôtre arrive.
  • Un ordre au marché accepte n’importe quel prix. Dans un marché normal, ce n’est pas grave ; dans un carnet vide, c’est un risque énorme.
  • Le stop à cours limité est la protection la plus sûre, au prix d’une exécution qui n’est pas garantie.

Les autres leçons du parcours