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GameStop vend des jeux vidéo dans des magasins, un métier que le téléchargement est en train de faire disparaître. Fin 2020, de nombreux fonds parient sur la baisse de son action. En janvier 2021, des centaines de milliers de particuliers, réunis sur le forum Reddit WallStreetBets, décident d’acheter ensemble. En trois semaines, l’action est multipliée par vingt-cinq, puis s’effondre.
Les cours ci-dessous sont ceux de l’époque (l’action a été divisée par quatre en 2022).
1.La chronologie
| Séance | Clôture | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| 31 décembre 2020 | 18,84 $ | Les fonds vendeurs sont nombreux |
| 13 janvier 2021 | 31,40 $ | +57 % en une séance : le mouvement démarre |
| 22 janvier | 65,01 $ | Le cours a doublé en une semaine |
| 26 janvier | 147,98 $ | Un message d’Elon Musk, « Gamestonk!! », le soir même |
| 27 janvier | 347,51 $ | L’action a été multipliée par 18 depuis le 31 décembre |
| 28 janvier | 193,60 $ | Plus haut à 483 $ à l’ouverture, plus bas à 112 $ : des courtiers bloquent les achats |
| 29 janvier | 325,00 $ | Les achats reprennent, limités chez certains courtiers |
| 2 février | 90,00 $ | −72 % en trois séances |
| 4 février | 53,50 $ | −89 % depuis le plus haut |
2.La vente à découvert
Vendre à découvert, c’est vendre une action qu’on ne possède pas. On l’emprunte, on la vend, et on espère la racheter moins cher plus tard pour la rendre. Le gain est limité (l’action ne peut pas tomber sous zéro), la perte ne l’est pas : si l’action triple, il faut la racheter trois fois plus cher.
Mi-janvier 2021, les actions de GameStop vendues à découvert représentaient plus de 120 % des actions disponibles à l’échange. C’était le terrain idéal pour un short squeeze.
3.Les vendeurs
Le fonds Melvin Capital, l’un des plus gros vendeurs, a perdu environ 53 % de sa valeur en janvier. Il a dû être renfloué de 2,75 milliards de dollars par deux autres fonds, Citadel et Point72. Il a fermé en 2022.
4.Le 28 janvier : pourquoi les achats ont été bloqués
Le matin du 28 janvier, Robinhood et d’autres courtiers ont interdit l’achat de GameStop : leurs clients ne pouvaient plus que vendre. Beaucoup y ont vu un complot pour sauver les fonds. La raison officielle était plus terre à terre : la chambre de compensation, qui garantit les transactions pendant les deux jours de règlement, a exigé de Robinhood un supplémentaire d’environ 3 milliards de dollars en une nuit, à cause du risque énorme de ces positions. Le courtier n’avait pas cet argent : il a obtenu une réduction de la demande en limitant les achats, puis a levé 3,4 milliards de dollars auprès d’investisseurs dans les jours suivants.
5.Qui a gagné, qui a perdu
Les premiers acheteurs, entrés sous 20 $, ont parfois gagné des fortunes. Les fonds vendeurs ont perdu des milliards. Mais beaucoup de particuliers sont arrivés à la fin, autour de 300 $ ou plus, attirés par les gains des autres. Le 4 février, l’action valait 53,50 $ : acheter à 347 $ le 27 janvier faisait perdre 85 % en une semaine.
6.Ce que ce cas enseigne
- Vendre à découvert expose à une perte sans limite. Le risque n’est pas symétrique.
- Une action peut s’éloigner de toute valeur pendant des semaines. Les entreprises de GameStop n’avaient pas changé ; seul le combat entre acheteurs et vendeurs faisait le prix.
- Un ordre au marché dans une action qui bouge de 100 % dans la journée est une loterie. Le 28 janvier, entre 112 $ et 483 $, tout dépendait de la minute.
- Votre courtier peut restreindre les échanges. Ses propres contraintes de garantie passent avant votre ordre.