Programme du parcours 0/10
Wirecard était la fierté de la technologie allemande. Spécialiste des paiements par carte, elle entre en septembre 2018 dans le DAX, l’indice des trente plus grandes entreprises allemandes, à la place de la Commerzbank. Moins de deux ans plus tard, elle reconnaît qu’une somme de 1,9 milliard d’euros, inscrite à son bilan comme de la trésorerie, n’a probablement jamais existé. Une semaine après, elle dépose le bilan.
1.La chronologie
| Date | Ce qui se passe |
|---|---|
| Avril 2015 | Le Financial Times publie une première série d’articles critiques sur les comptes de Wirecard |
| Septembre 2018 | Wirecard entre au DAX |
| Janvier 2019 | Le Financial Times révèle des soupçons de fausses écritures dans la filiale de Singapour. L’action chute ; Wirecard dément |
| Février-avril 2019 | Le régulateur allemand interdit pendant deux mois de parier sur la baisse de l’action, puis porte plainte contre des journalistes du Financial Times |
| Avril 2020 | Un audit spécial du cabinet KPMG ne parvient pas à vérifier une grande partie des bénéfices de 2016 à 2018 |
| 18 juin 2020 | L’auditeur EY refuse de certifier les comptes 2019 : 1,9 milliard d’euros de trésorerie ne peuvent pas être confirmés. L’action perd 62 % dans la journée |
| 22 juin 2020 | Wirecard admet que l’argent n’existe probablement pas. Le patron, Markus Braun, est arrêté ; le directeur des opérations, Jan Marsalek, s’enfuit |
| 25 juin 2020 | Wirecard se déclare insolvable : c’est la première fois qu’une entreprise du DAX fait faillite. Le lendemain, l’action vaut 1,42 €, contre environ 104 € le 17 juin |
2.Où était l’argent ?
Une grande partie des bénéfices venait d’une activité confiée à des partenaires en Asie et au Moyen-Orient, qui traitaient des paiements pour le compte de Wirecard. L’argent de cette activité ne revenait pas sur les comptes de Wirecard : il était censé dormir sur des comptes fiduciaires, d’abord à Singapour, puis dans deux banques des Philippines. Les banques philippines ont déclaré que les documents fournis étaient faux.
3.Les signaux d’alerte qui étaient visibles
Aucun lecteur des comptes ne pouvait savoir que l’argent n’existait pas. Mais plusieurs signaux, appris dans ce parcours, étaient visibles bien avant 2020.
1. Des bénéfices qui ne se transformaient pas en trésorerie disponible
Les bénéfices de l’activité des partenaires restaient bloqués chez des tiers. Pour un analyste, la question simple est : combien de ce bénéfice arrive réellement sur un compte de l’entreprise, et y reste ? Chez Wirecard, la réponse était floue.
2. Une trésorerie que personne ne pouvait voir
Une trésorerie détenue par un intermédiaire, sur un compte au nom d’un fiduciaire, n’est pas une trésorerie comme une autre. Pendant des années, l’auditeur s’est contenté de confirmations écrites fournies par ce fiduciaire, sans contacter directement les banques.
3. Une activité opaque qui pèse lourd
Quand une petite partie des clients ou des partenaires fait une grande partie des bénéfices, et qu’on ne peut pas vérifier leur existence, le risque est concentré là où la lumière manque.
4. Une entreprise qui attaque ceux qui posent des questions
Plaintes contre les journalistes, accusations contre les vendeurs à découvert : une entreprise saine répond aux questions par des chiffres vérifiables. L’hostilité envers les critiques n’est pas une preuve, mais c’est un signal.
4.Ce que ce cas enseigne
- La trésorerie est un fait, à condition qu’on puisse la vérifier. Une trésorerie logée chez un tiers mérite des questions.
- Comparez les bénéfices au tableau des flux. Un bénéfice qui ne devient jamais de l’argent disponible est suspect.
- L’opacité concentrée est un risque. Une activité qu’on ne peut pas auditer ne doit pas porter une grande part des profits.
- Un audit n’est pas une garantie. Il réduit le risque d’erreur, il ne le supprime pas.
Pour vous entraîner, le jeu du Laboratoire Auditer les comptes d’une PME vous fait chercher les incohérences d’un bilan.