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Lire les comptes d’une entreprise

Le tableau des flux de trésorerie : suivre l’argent

Objectif : Comprendre d’où vient et où va l’argent d’une entreprise, et pourquoi un bénéfice n’est pas de la trésorerie.

  • Intermédiaire
  • 6 min
  • 4 questions
  • Leçon 3 sur 10
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Une entreprise peut afficher un bénéfice et manquer d’argent pour payer ses salariés. Ce n’est pas un paradoxe : le compte de résultat et la trésorerie ne mesurent pas la même chose. Le troisième document des comptes, le tableau des flux de trésorerie (cash flow statement), suit l’argent lui-même.

Le bénéfice est une opinion, la trésorerie est un fait.

— adage répandu chez les analystes financiers

1.Pourquoi le bénéfice n’est pas de l’argent

Le compte de résultat enregistre une vente quand elle est facturée et une charge quand elle est engagée, pas quand l’argent circule. C’est la comptabilité d’engagement (accrual accounting). Trois écarts séparent donc le bénéfice de la trésorerie :

  • Les charges sans sortie d’argent : l’amortissement réduit le résultat, mais l’argent est sorti au moment de l’achat, parfois des années plus tôt.
  • Le : une vente payable à 60 jours compte tout de suite dans le chiffre d’affaires, mais l’argent arrive deux mois plus tard. Un stock, lui, est payé avant d’être vendu.
  • Les investissements et la dette : acheter une machine ou rembourser un emprunt fait sortir de l’argent sans créer de charge ce jour-là.

2.Les trois familles de flux

Le tableau classe toutes les entrées et sorties d’argent de l’année en trois familles. Voici celui d’Alpha, en M€.

Flux de l’annéeM€
Résultat net9
Dotations aux amortissements, rajoutées+6
Hausse du BFR, retranchée−3
Flux d’exploitation12
Achats de machines et de locaux−8
Flux d’investissement−8
Dividendes versés−3
Remboursement d’emprunt−2
Flux de financement−5
Variation de la trésorerie−1
  • Le flux d’exploitation (operating cash flow) mesure l’argent produit par l’activité. On part du résultat net, on rajoute les charges qui n’ont rien décaissé, puis on retire l’argent absorbé par la hausse du BFR. C’est la méthode dite indirecte, la plus répandue.
  • Le flux d’investissement (investing cash flow) regroupe les achats et ventes d’immobilisations et d’entreprises. Il est en général négatif chez une entreprise qui entretient ou développe son outil.
  • Le flux de financement (financing cash flow) retrace les relations avec les actionnaires et les prêteurs : emprunts levés ou remboursés, augmentations de capital, , rachats d’actions.

La somme des trois donne la variation de la trésorerie : celle d’Alpha passe de 11 à 10 M€, le montant inscrit à son bilan.

3.Le free cash flow

Free cash flow = Flux d’exploitation − Investissements

Pour Alpha : 12 − 8 = 4 M€. Or elle a versé 3 M€ de dividendes et remboursé 2 M€ d’emprunt, soit 5 M€ : 1 M€ de plus que ce qu’elle a dégagé. La différence a été prise sur sa trésorerie. Une année, ce n’est pas grave ; si cela se répète, la trésorerie s’épuise ou la dette remonte.

4.Lire les flux ensemble

Les signes des trois flux dessinent souvent un profil.

Profil fréquentExploitationInvestissementFinancement
Entreprise mature et rentablePositifNégatif, modéréNégatif : dividendes, remboursements
Jeune entreprise en forte croissanceFaible ou négatifTrès négatifPositif : levées de fonds, emprunts
Entreprise en difficultéNégatifParfois positif : ventes d’actifsPositif : nouvelles dettes

C’est d’ailleurs la cessation des paiements, l’impossibilité de régler ses dettes exigibles avec l’argent disponible, et non l’absence de bénéfice, qui conduit au redressement ou à la liquidation judiciaire.