Programme du parcours 0/10
En 2000, Enron est l’une des plus grandes entreprises américaines, un géant de l’énergie installé à Houston et admiré pour son audace. En décembre 2001, elle fait faillite. Ses salariés perdent alors, en même temps, une grande partie de leur épargne retraite, placée en actions Enron, et souvent leur emploi.
1.Une épargne retraite en actions de l’employeur
Les salariés épargnaient pour leur retraite dans le plan d’entreprise. Enron complétait leurs versements : 50 cents pour chaque dollar versé, jusqu’à 6 % du salaire de base. Mais cet abondement était versé uniquement en actions Enron, et ne pouvait être placé ailleurs qu’à partir de 50 ans.
Fin 2000, 62 % des avoirs du plan étaient en actions Enron. Et selon l’entreprise, 89 % de ces actions avaient été achetées par les salariés eux-mêmes, de leur plein gré : l’action montait depuis des années, et ils avaient confiance.
2.La chute
| Date | Action Enron |
|---|---|
| Août 2000 | Environ 90 $, son record |
| Janvier 2001 | Plus de 80 $ |
| 30 novembre 2001 | 0,26 $ |
À l’automne 2001, Enron annonce de lourdes pertes, puis reconnaît avoir gonflé ses bénéfices des années précédentes grâce à des montages comptables. La confiance s’effondre en quelques semaines. Le 2 décembre 2001, l’entreprise se déclare en faillite.
3.Le blocage au pire moment
Fin octobre 2001, en pleine chute, le plan change de gestionnaire administratif. Pendant ce changement, prévu de longue date, les salariés ne peuvent plus modifier leurs placements, pendant une dizaine de jours de bourse. Ceux qui voulaient vendre leurs actions Enron en sont empêchés, et l’action perd encore plus d’un quart de sa valeur pendant ces jours-là.
Au total, plus de 20 000 salariés participaient au plan, et leurs pertes ont dépassé 1 milliard de dollars. Les accords obtenus ensuite devant la justice n’en ont rendu qu’une partie : par exemple 85 millions de dollars en 2004, puis 37,5 millions versés en 2006 par l’ancien gestionnaire du plan.
4.Ce que la loi a changé
Aux États-Unis, la loi Sarbanes-Oxley de 2002 oblige à prévenir les participants trente jours avant un blocage, et interdit aux dirigeants de vendre leurs propres titres pendant ces périodes. En 2006, une nouvelle loi donne aux salariés le droit de revendre les actions de leur employeur détenues dans leur plan : tout de suite pour leurs propres versements, après trois ans d’ancienneté pour ceux de l’employeur.
En France, le PEE doit toujours proposer au moins un placement diversifié à côté du fonds d’actionnariat salarié, et les fonds du PER d’entreprise ne peuvent pas détenir plus de 10 % de titres de l’entreprise. Mais rien n’interdit de placer tout son PEE sur le fonds de son employeur : la prudence reste votre affaire.
5.Ce que ce cas enseigne
- Ne pas tout placer chez son employeur. Votre emploi dépend déjà de lui : votre épargne devrait dépendre d’autre chose.
- Un avantage ne compense pas une faillite. Une décote ou un abondement de 20 ou 50 % ne protège pas d’une perte de 100 %.
- Lire les règles de blocage avant d’en avoir besoin. Un plan peut être indisponible au moment précis où l’on voudrait vendre.