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Construire son portefeuille

2022 : l’année où les obligations n’ont pas amorti la chute

Objectif : Comprendre pourquoi actions et obligations ont baissé ensemble en 2022, et ce que cela dit de la diversification.

  • Débutant
  • 8 min
  • 4 questions
  • Étude de cas, leçon 9 sur 10
Programme du parcours 0/10

Pendant vingt ans, une recette a rassuré des millions d’épargnants : 60 % d’actions, 40 % d’obligations. Quand les actions chutent, les obligations tiennent ou montent, et le portefeuille amortit le choc. En 2022, la recette a cessé de marcher pendant un an. Cette étude regarde pourquoi, chiffres à l’appui.

1.Les chiffres de l’année

Rendements de l’année civile 2022, coupons et réinvestis, en dollars, mesurés sur des ETF connus.

Placement2022
Actions américaines (S&P 500, ETF SPY)−18,2 %
Obligations américaines, tout le marché (ETF AGG)−13,0 %
Portefeuille 60 % actions, 40 % obligations−16,1 %
Emprunts d’État américains à 7-10 ans (ETF IEF)−15,2 %
Emprunts d’État américains à plus de 20 ans (ETF TLT)−31,2 %
Emprunts d’État à 1-3 ans (ETF SHY)−3,9 %
Bons du Trésor à moins d’un an (ETF BIL)+1,4 %
Or (ETF GLD)−0,8 %

Pour un épargnant français, un ETF MSCI World en euros (l’ETF CW8, éligible au PEA) a perdu 13,7 % sur l’année.

2.Ce qui s’était passé les autres années

La même recette 60/40, mesurée année par année depuis 2004 :

AnnéeActionsObligations60/40
2008−36,8 %+7,9 %−18,9 %
2018−4,6 %+0,3 %−2,6 %
2022−18,2 %−13,0 %−16,1 %

En 2008, les obligations avaient gagné presque 8 % pendant que les actions perdaient plus d’un tiers : elles avaient fait exactement leur travail. En 2022, pour la seule fois sur ces vingt-deux années, actions et obligations ont fini l’année toutes les deux en perte.

3.Pourquoi : le retour de l’inflation

En 2008, le choc venait d’une crise financière. Les banques centrales ont baissé leurs taux, et les obligations déjà émises, qui payaient plus que les nouvelles, ont pris de la valeur.

En 2022, le choc venait de l’inflation. Pour la freiner, la Réserve fédérale américaine a relevé son de presque zéro en mars à 4,25-4,50 % en décembre. Le taux de l’emprunt d’État américain à 10 ans est passé de 1,5 % fin 2021 à 4,2 % en octobre 2022.

Quand les taux montent, le prix des obligations existantes baisse : personne ne veut payer le prix d’hier pour un coupon de 1,5 % quand les nouvelles obligations en rapportent 4 %. Et des taux plus hauts pèsent aussi sur les actions, car les bénéfices futurs valent moins aujourd’hui. Les deux jambes du portefeuille avaient la même cause de baisse.

Exercice interactifLe prix d’une obligation face aux taux
3,00 %
10 ans
2,0 %

Prix de revente

915 €

Par rapport à 1 000 €

−8,5 %

Si les taux montent de 1 point

−8,8 %

500 €750 €1 000 €1 250 €0 %2 %4 %6 %8 %
Votre obligation à 10 ansLa même à 2 ans

Plus l’échéance est lointaine, plus la courbe est pentue : à 10 ans, une hausse de 1 point des taux fait perdre environ 8,8 % au prix. Allongez l’échéance pour voir le risque grandir.

Coupon versé une fois par an, émetteur supposé sans risque de défaut. Gardée jusqu’à l’échéance, l’obligation rembourse 1 000 € quel que soit le taux du marché entre-temps.

4.La durée, le vrai risque des obligations

Le tableau montre un ordre très net : plus l’échéance est lointaine, plus la chute a été forte. Les bons du Trésor à moins d’un an ont même gagné de l’argent, les emprunts à plus de vingt ans ont perdu près d’un tiers.

Une obligation longue n’est donc pas un placement « sans risque ». Elle protège bien d’une récession, mal d’une poussée d’inflation.

5.Et ensuite ?

Le portefeuille 60/40 n’a pas disparu : il a gagné 18,0 % en 2023, 15,5 % en 2024 et 13,5 % en 2025. Les obligations achetées après 2022 rapportaient enfin des coupons de 4 à 5 %. L’investisseur qui avait tenu son allocation, et rééquilibré en rachetant des actions à bas prix, a récupéré sa perte en moins de deux ans.

6.Ce que ce cas enseigne

  • Diversifier, c’est combiner des placements qui ne baissent pas pour les mêmes raisons. Actions et obligations se protègent contre une récession, pas contre l’inflation.
  • La durée des obligations est un choix de risque. Des obligations courtes ou des amortissent mieux une hausse de taux.
  • Une mauvaise année n’invalide pas une allocation. Elle rappelle seulement qu’aucune protection n’est garantie.

Pour régler vous-même ces curseurs, le jeu du Laboratoire Composer le portefeuille de quatre clients mesure chaque portefeuille sur 2008 et sur 2022.

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