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Macroéconomie et marchés

15 janvier 2015 : la Suisse lâche son plancher et le franc s’envole

Objectif : Comprendre comment une banque centrale peut fixer un cours de change, ce qui se passe quand elle y renonce, et pourquoi un risque « impossible » finit par arriver.

  • Intermédiaire
  • 5 min
  • 4 questions
  • Étude de cas, leçon 10 sur 10
Programme du parcours 0/10

Le 15 janvier 2015, à 10 h 30, la Banque nationale suisse publie un court communiqué. En quelques minutes, l’euro perd près de 30 % face au franc suisse, la bourse suisse perd près de 9 %, et plusieurs courtiers en devises font faillite. Une règle que tout le monde croyait solide venait de disparaître.

1.Le plancher de 1,20

Pendant la crise de la zone euro, les investisseurs se réfugient dans le franc suisse, réputé sûr. Le franc s’envole, et les exportateurs suisses souffrent : leurs produits deviennent trop chers à l’étranger.

Le 6 septembre 2011, la Banque nationale suisse annonce qu’elle ne laissera plus l’euro descendre sous 1,20 franc. Pour tenir cet engagement, elle imprime des francs et achète des euros, sans limite. Pendant plus de trois ans, l’euro reste collé au-dessus de 1,20. La banque centrale répète régulièrement que ce plancher est la pierre angulaire de sa politique.

2.Le 15 janvier 2015

Fin 2014, la BCE s’apprête à lancer de grands rachats d’obligations, qui vont affaiblir l’euro. Défendre le plancher coûterait de plus en plus de francs. La BNS abandonne sans prévenir, et abaisse en même temps son taux de dépôt à −0,75 %.

Avant l’annonceAprès
Un euro en francs suisses1,20moins de 0,90 dans les premières minutes, environ 0,99 le lendemain
Indice de la bourse suisse (SMI)9 1988 401 à la clôture, −8,7 %

3.Les victimes

Beaucoup de traders pariaient sur la stabilité du cours, avec un fort levier : le risque semblait nul puisque la banque centrale garantissait le plancher. Le marché a sauté de 1,20 à moins de 0,90 sans s’arrêter entre les deux : les ordres stop n’ont trouvé aucun prix intermédiaire.

Le courtier américain FXCM a perdu environ 225 millions de dollars à cause des comptes de clients devenus négatifs : leurs pertes dépassaient leur mise. Il n’a survécu que grâce à un prêt d’urgence de 300 millions de dollars accordé le lendemain. Au Royaume-Uni, le courtier Alpari UK s’est déclaré insolvable.

Des ménages d’Europe de l’Est, qui avaient emprunté en francs suisses pour acheter leur logement parce que les taux étaient plus bas, ont vu leur dette, convertie dans leur monnaie, augmenter d’un coup.

4.Ce que ce cas enseigne

  • Le change n’est pas qu’un détail technique. Pour un investisseur, une variation de devise peut effacer en une journée des années de rendement.
  • Une politique de banque centrale peut changer d’un coup. Les engagements répétés ne sont pas des contrats.
  • Le levier transforme un mouvement rare en ruine. Les courtiers qui ont fait faillite avaient laissé leurs clients emprunter des dizaines de fois leur mise.
  • Un ordre stop ne garantit rien quand le marché saute. Il s’exécute au premier prix disponible, qui peut être très loin.

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