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Valoriser une entreprise

Cisco en 2000 : une excellente entreprise, à un prix impossible

Objectif : Voir sur un cas réel qu’une entreprise qui réussit peut rester un mauvais placement pendant vingt-cinq ans si on l’achète trop cher.

  • Avancé
  • 7 min
  • 4 questions
  • Étude de cas, leçon 9 sur 10
Programme du parcours 0/10

En mars 2000, Cisco fabrique les routeurs qui font circuler internet. Son chiffre d’affaires grandit de plus de 50 % par an, ses marges sont superbes, et chacun sait qu’internet va tout changer. Le 27 mars 2000, l’action termine à 80,06 $ et Cisco devient brièvement l’entreprise la plus chère du monde, valorisée plus de 550 milliards de dollars.

Tout ce que les investisseurs pensaient de l’entreprise s’est révélé juste. Ce qu’ils ont payé pour elle, non.

1.Ce que l’action a fait

DateCours de CiscoCe qui se passe
26 mars 199926,30 $Un an avant le sommet
27 mars 200080,06 $Record : l’entreprise la plus chère du monde
8 octobre 20028,60 $Creux, −89 %
26 mars 201026,47 $Dix ans après le sommet
27 mars 202038,82 $Vingt ans après
10 décembre 202580,25 $Première clôture au-dessus du record de 2000

Il a fallu plus de vingt-cinq ans pour que l’action retrouve son cours de mars 2000. Même en comptant les , versés à partir de 2011 et réinvestis, l’actionnaire de mars 2000 n’est revenu à sa mise qu’en août 2021.

2.Pendant ce temps, l’entreprise a grandi

ExerciceChiffre d’affairesBénéfice net
200018,9 milliards de dollars2,7 milliards de dollars
202556,7 milliards de dollars10,5 milliards de dollars

Le chiffre d’affaires a été multiplié par trois, le bénéfice par près de quatre. Cisco n’a pas fait faillite, n’a pas été dépassée, n’a pas fraudé. C’est une entreprise solide qui a tenu ses promesses industrielles.

3.Le problème : le prix payé

En mars 2000, la valeur en bourse de Cisco représentait environ 200 fois le bénéfice de toute son année 2000 : plus de 550 milliards de dollars pour 2,7 milliards de bénéfice. À ce prix, l’acheteur ne payait pas seulement la croissance attendue : il payait des décennies de croissance très forte, sans le moindre accident.

Le calcul est simple. Pour qu’un PER de 200 redescende à un niveau courant de 20 sans que le cours baisse, le bénéfice doit être multiplié par dix. Le bénéfice de Cisco a beaucoup augmenté, mais pas assez pour justifier un tel prix. Le cours a donc fait le chemin à la place du bénéfice : vers le bas.

4.Même entreprise, deux prix d’entrée

Achat, dividendes réinvestis, jusqu’au 12 octobre 2026Multiplié parPar an
Cisco acheté au sommet, 27 mars 20002,33,1 %
S&P 500 acheté le même jour8,28,2 %
Cisco acheté au creux, 8 octobre 20022113,5 %

La même action, achetée deux ans et demi plus tard à un dixième du prix, a été un placement exceptionnel. Rien n’avait changé dans l’entreprise : seul le prix d’entrée était différent.

5.Ce que ce cas enseigne

  • Une bonne entreprise n’est pas forcément un bon placement. Tout dépend du prix payé.
  • Un multiple très élevé contient déjà l’avenir. Pour gagner, il faut que la réalité dépasse des attentes qui sont déjà énormes.
  • Le temps ne répare pas tout. Vingt-cinq ans d’attente pour une entreprise qui a pourtant réussi.

Le simulateur ci-dessous permet de voir combien la valeur d’une entreprise dépend de la croissance supposée et du taux d’actualisation.

Exercice interactifRégler un DCF
+5 M€
8,0 %
2,0 %

Valeur par action

30,49 €

Cours de bourse

28,00 €

Marge de sécurité

8 %

D’où vient la valeur d’entreprise (1 825 M€)

Les 5 années prévues : 436 M€Tout ce qui suit (valeur terminale) : 1 388 M€

La marge est mince : une hypothèse un peu trop optimiste suffirait à l’effacer. Ici, 76 % de la valeur vient d’après la cinquième année : c’est la partie la plus incertaine.

L’entreprise fictive de la leçon : 100 M€ de flux la première année, 300 M€ de dette nette, 50 millions d’actions. Le cours de 28 € est une hypothèse pour l’exercice.