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Valoriser une entreprise

Le DCF : actualiser les flux de trésorerie

Objectif : Construire pas à pas une valorisation par actualisation des flux, et mesurer à quel point elle dépend de ses hypothèses.

  • Avancé
  • 8 min
  • 4 questions
  • Leçon 5 sur 10
Programme du parcours 0/10

Les multiples comparent une entreprise à ses voisines. Le DCF (discounted cash flows, ou actualisation des flux de trésorerie) cherche au contraire sa , à partir de l’argent qu’elle produira. C’est la méthode la plus complète, et aussi la plus sensible à vos hypothèses.

1.Un euro demain vaut moins qu’un euro aujourd’hui

Un euro disponible aujourd’hui peut être placé ; un euro promis dans dix ans est incertain et ne rapporte rien en attendant. Pour additionner des flux reçus à des dates différentes, on les ramène tous à aujourd’hui : c’est l’actualisation, l’inverse des intérêts composés.

Valeur actuelle = flux futur ÷ (1 + taux)ⁿ

Avec un taux de 10 %, 110 € reçus dans un an valent 110 ÷ 1,10 = 100 € aujourd’hui, et 121 € reçus dans deux ans aussi : 121 ÷ 1,10² = 100 €.

2.Les trois ingrédients

Les flux de trésorerie disponibles

En pratique : résultat d’exploitation après impôt, plus les amortissements (une charge qui ne sort pas de la caisse), moins les investissements, moins la hausse du (stocks et créances clients à financer). On le prévoit en général année par année, sur cinq à dix ans.

Le taux d’actualisation

On utilise souvent le coût moyen pondéré du capital (CMPC, ou WACC en anglais) : la moyenne du rendement exigé par les actionnaires et du coût de la dette après impôt, pondérée par leur poids dans le financement. Plus l’activité est risquée, plus le rendement exigé, et donc le taux, est élevé.

La valeur terminale

Au-delà de la dernière année de prévision, on suppose une croissance constante et modeste, et l’on résume tous les flux suivants en un seul montant, avec la formule de Gordon :

Valeur terminale = flux de l’année suivante ÷ (taux − croissance)

Cette croissance doit rester inférieure au taux, sinon la formule n’a plus de sens, et proche de celle de l’économie à long terme : quelques pourcents au plus.

3.Un DCF complet, chiffre par chiffre

Une entreprise fictive devrait dégager les flux suivants, en millions d’euros, actualisés à 8 % :

Année12345
Flux disponible100105110115120
Facteur 1 ÷ 1,08ⁿ0,92590,85730,79380,73500,6806
Valeur actuelle92,690,087,384,581,7

Les cinq années valent ensemble 436,1 M€. Avec 2 % de croissance ensuite, le flux de l’année 6 est de 120 × 1,02 = 122,4 M€, et la valeur terminale de 122,4 ÷ (8 % − 2 %) = 2 040 M€ dans cinq ans, soit 2 040 × 0,6806 ≈ 1 388 M€ aujourd’hui. La valeur d’entreprise atteint environ 436 + 1 388 ≈ 1 825 M€, dont plus des trois quarts viennent de la valeur terminale. Après 300 M€ de dette nette et pour 50 millions d’actions, on obtient environ 30,50 € par action.

4.Une valeur très sensible aux hypothèses

Valeur par action, en euros, quand on fait varier le taux et la croissance d’un point :

Taux d’actualisationCroissance 1 %Croissance 2 %Croissance 3 %
7 %31,837,947,0
8 %26,330,536,4
9 %22,225,229,3

Un point de taux en moins fait passer la valeur de 30,5 € à 37,9 €, soit environ +24 %. Entre la case la plus prudente et la plus optimiste du tableau, la valeur fait plus que doubler, à flux identiques sur cinq ans.

Réglez vous-même les hypothèses de cette entreprise et regardez la valeur bouger :

Exercice interactifRégler un DCF
+5 M€
8,0 %
2,0 %

Valeur par action

30,49 €

Cours de bourse

28,00 €

Marge de sécurité

8 %

D’où vient la valeur d’entreprise (1 825 M€)

Les 5 années prévues : 436 M€Tout ce qui suit (valeur terminale) : 1 388 M€

La marge est mince : une hypothèse un peu trop optimiste suffirait à l’effacer. Ici, 76 % de la valeur vient d’après la cinquième année : c’est la partie la plus incertaine.

L’entreprise fictive de la leçon : 100 M€ de flux la première année, 300 M€ de dette nette, 50 millions d’actions. Le cours de 28 € est une hypothèse pour l’exercice.

Pour pratiquer, le mini-jeu du Laboratoire Valoriser une entreprise par DCF vous fait construire un DCF complet dans un tableur, jusqu’à la valeur par action et la marge de sécurité.