Programme du parcours 0/10
Pour savoir si un appartement est cher, on regarde son prix au mètre carré et on le compare à celui des appartements voisins. Les multiples font la même chose avec les entreprises : ils rapportent le prix à ce que l’entreprise produit, pour comparer des sociétés de tailles très différentes.
1.Les multiples les plus courants
| Multiple | Calcul | Ce qu’il mesure |
|---|---|---|
| PER | Cours ÷ bénéfice par action | Le nombre d’années de bénéfices actuels que vous payez |
| VE/EBITDA | Valeur d’entreprise ÷ EBITDA | Le prix de toute l’activité, dette comprise |
| P/B | Cours ÷ capitaux propres par action | Le prix payé par rapport à la valeur comptable |
| Rendement du dividende | Dividende par action ÷ cours | Ce que le dividende rapporte au prix actuel |
L’ est le résultat d’exploitation avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements, proche de ce que la comptabilité française appelle l’excédent brut d’exploitation (EBE). Comme il est calculé avant le paiement des intérêts, il revient à tous ceux qui financent l’entreprise : on le rapporte donc à la valeur d’entreprise (VE, ou EV en anglais), qui inclut la dette, et non à la seule capitalisation. La leçon suivante détaille ce passage.
2.Comparer avec des entreprises semblables
Un multiple isolé ne dit presque rien. Il prend son sens par comparaison : avec des entreprises du même secteur, de taille et de croissance proches, ou avec l’historique de l’entreprise elle-même. On calcule le multiple de chaque comparable, on retient la médiane, puis on l’applique à l’entreprise étudiée.
| Comparable (fictif) | PER |
|---|---|
| Entreprise A | 12 |
| Entreprise B | 14 |
| Entreprise C | 18 |
Si votre entreprise a un BPA de 3 €, le PER médian de 14 donne une valeur de 14 × 3 = 42 €. Les deux extrêmes donnent une fourchette de 36 € à 54 €. Là encore, on obtient un ordre de grandeur, pas un prix exact.
Une entreprise qui croît plus vite, avec moins de dette et des bénéfices plus réguliers, mérite en général un multiple plus élevé que ses voisines. Un écart de multiple ne prouve donc pas qu’une action est mal valorisée : il faut d’abord chercher ce qui l’explique.
3.Les pièges des multiples
- Les cycliques au sommet : dans l’acier, l’automobile ou la chimie, les bénéfices suivent la conjoncture. Au sommet du cycle, le PER paraît très bas, juste avant que les bénéfices ne retombent.
- Les éléments exceptionnels : une plus-value de cession ou une grosse dépréciation déforme le bénéfice d’une année. Calculez le multiple sur un bénéfice récurrent, retraité de ces éléments.
- Des comptabilités différentes : normes IFRS en Europe, US GAAP aux États-Unis, traitement des loyers, de la recherche ou des rémunérations en actions… Deux bénéfices ne se comparent que s’ils sont calculés de la même façon.
- Un multiple bas mérité : une activité en déclin ou très endettée est souvent peu chère pour de bonnes raisons.
- Des multiples mal assortis : la VE va avec l’EBITDA, le cours avec le BPA. Rapporter une capitalisation à un EBITDA mélange deux périmètres.